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 Agnès Bihl

Agnès Bihl

Elle est l'inverse de la petite trentenaire nombriliste qui n'a rien à dire. Ses mots et ses gestes nous offrent un regard sans concession sur le monde ses subtilités et ses injustices : une sorte de fille spirituelle d'Anne Sylvestre. à Aubervilliers, on a les écoles Louise Michel, Rosa Luxembourg, Anne Sylvestre et demain peut-être, Agnès Bihl.

Il y a quatre ans, une gamine de 26 ans sortait un premier album, « La terre est blonde ». Sous ce titre, treize chansons révélatrices de la naissance d’une plume et d’un tempérament de feu. Agnès Bihl interprétait avec toute la conviction du monde ses historiettes douces-amères, de cette voix mi-femme mi-enfant qui la caractérise. Elle a choisi l’humour du désespoir et une certaine verve poétique pour raconter l’apparition du premier cheveu blanc, l’histoire d’une rebelle au Bois Dormant, et les premiers jours du mois de mai où vient le temps des week-ends en campagnes… électorales.

Le site d'Agnès Bihl
agnes-bihl.com

Surtout, le disque en question débutait par une chanson engagée (et plus que jamais d’actualité), une critique au vitriol de la position de l’Eglise sur la contraception. « Oh, dis, Monsieur, qu’est-ce qui se passerait si la Sainte Vierge, elle avortait ? » Il fallait oser. La presse ne s’y est pas trompée puisque dans les colonnes de Télérama, on parlait « d’une petite femme effrontée », « d’une véritable implosion de la chanson » dans Libération, et « d’un talent de plume et d’une aisance scénique rare » dans Chorus.

En 2001, Agnès Bihl était donc très connue. Enfin, à part ces chroniques, elle jouissait surtout de la notoriété des rues. Elle s’y est en effet beaucoup produite, dans la rue, là où Charles Trenet s’était juré de faire descendre les poètes. Avec beaucoup de courage et un bout de répertoire réaliste en bandoulière, elle est devenue une véritable diva des terrasses de café, des manifestations, des carrefours qui sentent la bouche d’égout et des bouches de métro qui fleurent bon le dégoût. Evoquant ces années-là, elle parle de « sept années de galère ». Elle se trompe, parce que du concert improvisé sur le pavé de Paname aux lieux de chanson de la capitale (ersatz des cabarets rive gauche des années 50), elle a appris son métier et compris qu’il y avait un lien non pas étroit mais indissociable entre l’écriture et la scène. Aussi, en tournant elle est tombée émerveillée sur des chansons d’Allain Leprest.

Ni découragée, ni essoufflée, ni lasse mais vaillante, Agnès Bihl revient avec un nouvel album, réalisé et arrangé par Nicolas Montazaud. Où l’on reconnaît l’influence des anciens : Léo FERRE pour l’engagement, Anne Sylvestre pour le souffle féministe, et Renaud, et Brassens dont elle reprend « Complainte des filles de joie. » On y entend surtout une voix qui est celle de son temps, proche des artistes issus de la scène, de cette nouvelle chanson française. Les textes sont signés Agnès Bihl (débutés entre deux échographies et achevés entre deux biberons), et les mélodies élaborées par le jazzman Giovanni Mirabassi et quelques autres. L’ensemble est étonnant de maturité. Agnès Bihl, 30 ans déjà, a l’art du raccourci, de la formule, du jeu de mot et du mot juste pour exprimer des situations de la vie quotidienne. Ce qu’on attend d’un grand auteur de chansons en somme. Un album rythmé, avec des thèmes rarement abordés en chanson comme la méchanceté, l’adolescence ou les enfants du divorce.


à 20 heures
au festival Aubercail