
Plus de 40 ans que ce lion indomptable rugit et tonne. Parce qu’il n’a jamais fait de concessions et qu’il a tenu bon face à un système qui en a tant mangé, ses humeurs et son regard sont restés ceux d’un jeune amoureux révolté. « Le lion est lâché ! Ecoutez-le rugir... Celui-là rugit fort et rugira longtemps... » Brel ne se trompait guère, lorsqu'il préfaçait ainsi le premier album d'Henri Tachan, en 1965; car cela fait maintenant un bon tiers de siècle que cet « Arlequin aux yeux chauds » - comme l'appelait Christine Sèvres - n'en finit pas de pousser ses coups de gueule salutaires dans le désert de la médiocrité médiatique. Celui-là - malgré ses Olympia, ses Bobino, sa vingtaine d'albums et ses concerts par centaines -, on aura vraiment tout fait pour le réduire au silence. Et ce, dès son premier disque tout bonnement censuré par les radios, en dépit du parrainage du Grand Jacques qui avait déjà largement prouvé, pourtant, que l'on pouvait se permettre de tout dire en chanson, à la condition de parier sur l'intelligence du public plutôt que sur l'imbécillité des censeurs.
Certes, « il cogne, Tachan, il mord, il ravage, il saccage, il taille en pièces, il poignarde en plein coeur, mais surtout, ajoute Serge Reggiani qui l'a percé à jour il y a fort longtemps : il aime, Tachan... je l'aime ! » Heureusement, comme il est dit dans Le Petit Prince - que Tachan a rangé, une fois pour toutes, contre son coeur -, la principale beauté du désert réside dans le fait que, quelque part, il abrite une source. Et, dans son cas à lui, cette source, par le simple miracle du bouche à oreille, n'a cessé de se multiplier, par milliers... Tous ces gens qui, où qu'il aille chanter, font le déplacement pour le voir, l'écouter et s'abreuver à cette tendresse écorchée vive, qui n'hésite pas à hausser le ton et le verbe, simplement pour nous parler d'amour fou, des femmes, des animaux, de la nature, des êtres chers, de la vie à tout prix. Artiste minoritaire et inclassable (« Ni gauche, ni centre, ni droite »...), poète d'aujourd'hui amoureux de Verlaine, Rimbaud ou Baudelaire, musicien d'instinct et grand mélodiste qui se « rebecte » dans Beethoven ou Schubert, Tachan nous refait une scène cet hiver. Avec un nouvel album qui démange encore une fois là où ça fait mal, pestant contre tous les ordres moraux, la violence, le pouvoir et la mort, pour mieux caresser là où c'est chaud, tendre, fragile, là où ça palpite ; fidèle à jamais à sa quête désespérée : la chasse à l'enfance. Son leitmotiv à lui, quoi, l'air à Tachan.
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