
Loïc Lantoine et François Pierron forment une bizarrerie brillante et radieuse dans l'univers de la chanson. Surtout quand cette dernière n'est pas chantée. La contrebasse tonne et se radoucit: elle converse avec les mots de Loïc qui s'affirme de plus en plus comme une exception sensible en soulèvement. Un nom, un prénom, un duo, la trentaine fragile. Une voix, une contrebasse, intime alchimie. Loïc Lantoine, c'est Loïc Lantoine et François Pierron, complices en poésie et mots qui se trimbalent, de quai de gare en coins de bar, musiciens de l'intérieur, notes qui perlent au bout des doigts, au bord des lèvres. L'un chante, l'autre joue, ou peut-être est-ce l'inverse. Ils s'y sont mis sur le tard, qu'il racontent. Loïc au texte, François à l'instrument. L'un du côté du Nord, La Chapelle d'Armentières, l'autre en Touraine, origine Montrésor, puis la région parisienne. Pour le premier, une «passion de la poésie qui vient de loin», mais loin aussi de «la prétention du genre»; pour le second, où la chanson fait partie de la famille, pas question de faire comme papa. Il aura fallu, sans doute, à Loïc un Allain Leprest pour entrer en écriture, à François un Christian Gentet pour sortir des rangs du conservatoire. C'est en 2003 que le duo nous parachute Badaboum, premier album remarqué. Trois ans de scène et un succès live grandissant. Trois ans déjà, quand arrive Tout Est Calme. Une écriture toujours aussi percutante, une musicalité qui s'enrichit, et un duo bien entouré : Denis Charolles (La Compagnie des Musiques à Ouïr) aux percussions, les formations de Samarabalouf et Nosfell, Pierrick Hardy à la guitare, Cedric Chatelain aux cuivres, bombarde et hautbois, Fantine Leprest au chant. Loïc Lantoine. Ce diable de bonhomme nous rappelle aux délices des amitiés, chantant le fichu plaisir que l'on a d'être tous ensemble. C'est sa plume à lui, hirsute, délicate et poétique, qui nous emporte sur la plupart des titres, et nous rappelle sans relâche le dérisoire de nos airs sérieux. Les autres sont des morceaux de choix, entre autres empruntés à Christian Olivier ou à Gaston Couté. La composition et les arrangements sont, quant à eux, principalement signés par François Pierron qui bombe le torse en s'arc-boutant sur sa contrebasse dont il tire l'autre moitié d'une musicalité savoureuse. Et on soupire d'aise comme de répit au moment où ils promènent la main de Pierrot sur nos nuques ébahies. |
|||
![]() |