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Lo'Jo
Photo : Chimene Denneulin

Lo'Jo

Pour décrire la musique de Lo’Jo, il faudrait puiser à la fois dans un dico des rythmes du monde et une encyclopédie des
harmonies universelles. On y emprunterait des adjectifs comme bigarré, chamanique, polyglotte, épique, on se baladerait de savanes en déserts, de fleuves en océans, de prairies en bitume, il y aurait des rayons de soleil et des nuages de poussière, des senteurs de pluie, des odeurs de feu et des saveurs d’épices, des flonflons et des youyous, des fiestas et des bivouacs. Pas un fourre-tout sonore, non, plutôt un grand souk acoustique qui proposerait au chaland esbaudi arômes de guinguette et effluves tziganes, valse apache et bamboche rasta, blues berbère et swing africain, rock et danse du ventre, groove et vaudou. Un sacré Bazar Savant, comme l’indique le titre de leur dernier album, avec henné et barbe à papa, muezzins et camelots.

Déjà vingt-cinq ans que cette angélique tribu angevine promène autour du monde son hétéroclite et éclectique bagage musical. Pas un groupe, plutôt une caravane, un collectif de fieffés bourlingueurs-funambules-globe-trotters ouverts à toutes les expériences, toutes les rencontres. En une douzaine de disques, la bande à Lo’Jo, venue qui du punk, qui du jazz, qui du rock, a exploré autant de directions musicales que de continents. Comme dit Denis Péan, chanteur et parolier, « notre musique est un jardin anarchique qu’on essaie de cultiver pour le rendre à la fois beau et sauvage. Nous sommes comme les paysans : nous jouons avec le temps ».

Le temps, c’est vrai, ne semble avoir aucune prise sur ces nomades enracinés. Même si depuis les débuts de l’aventure des musiciens sont venus, d’autres repartis, l’orchestre s’est stabilisé autour de six membres : Denis, donc, poète à chapeau maniant volontiers l’orgue de barbarie ou l’harmonium indien, Nadia et Yamina, les sœurs choristes et muses tourbillonnantes, Richard le virtuose de l’archet, Kham le bassiste et Franck le batteur. Le charme aventureux de Lo’Jo, ce sont ces violons aux coups de reins voluptueux, ces cascades de kora agile, ces chœurs féminins virevoltants et ces percussions acrobatiques, « arômes polyrythmiques, petites fleurs pentatoniques » comme ils disent. Et les textes de Denis, mélange de sabir guttural et de poésie à la Robert Desnos, entre fables de griots et aphorismes humanistes, mêlant français, espagnol, arabe, créole ou anglais. Un cocktail envoûtant et généreux qui a forgé leur réputation de Bamako à New York en passant par Sydney, Barcelone ou Athènes, séduit aussi bien Peter Gabriel que le Quarteto Cedron, Justin Adams, producteur de Sinnead O’Connor ou Robert Plant, ex-chanteur de Led Zeppelin.

Il y a une demi-douzaine d’années, les Lo’Jo ont été à l’origine du premier Festival du désert qui a accueilli, près de Tombouctou, aux confins du Mali, une flopée de groupes sahariens, nigériens ou mauritaniens, entre autres le bluesman malien Ali Farka Touré, les Tinariwen, rockers berbères ou, justement, le dénommé Robert Plant. Aujourd’hui, la tribu fête deux décennies et demie de pérégrinations soniques et de tribulations harmoniques. Infatigables baladins du monde, troubadours planétaires et planants.

Au fait, Lo'Jo, ça ne veut rien dire de spécial. Comme dit Denis, « c'est juste une expression qui peut servir à traduire le vagabondage qui est le nôtre : vivre libre et respectueux, chercher, écouter...»

Philippe Barbot

Écouter

« Petit courage », Lo'Jo
Live
Au festival Aubercail
Samedi 16 mai 2009
Web

Le site de Lo'Jo
lojo.org